« Des voix dans la tête: le mythe de l’intériorité en psychiatrie » 

Où? Au local P61
Quand? Le 21 mars de 17h à 20h 
 
Résumé de la présentation 
 

Il est courant d’observer, dans un contexte clinique, que parmi les patients qui disent « entendre des voix » certains se corrigent eux-mêmes, reconnaissant qu’en un autre sens ce qu’ils « entendent » n’a rien d’auditif. Les voix en question seraient « dans la tête », elles ressembleraient davantage à des « pensées » qu’à des sons articulés, bien qu’il ne s’agisse pas de leurs propres pensées mais de celles d’un autre. Ce type de voix, auquel l’aliéniste Jules Baillarger avait donné le nom d’hallucination psychique, est aujourd’hui réinvesti par la philosophie de la psychiatrie qui en fait l’illustration, voire la preuve, d’une certaine conception de l’intériorité. En effet, à croire les philosophes, le patient qui dit « entendre » ces voix ferait un usage déviant du langage, visant à exprimer ce que son expérience a d’irréductiblement singulier. Pour cette même raison, on ne pourrait comprendre l’entendeur de voix sans un ensemble d’outils herméneutiques nous permettant de réduire l’écart entre ce qu’il dit et ce qu’il veut dire.

L’objet de notre présentation sera de mettre en évidence que les hallucinations psychiques, loin de fonder le « mythe de l’intériorité », ont plutôt été l’occasion d’étendre ce dernier au domaine de la psychiatrie. En nous appuyant sur la pensée de Wittgenstein, telle qu’elle s’est développée après le tournant grammatical des années 1930, nous tenterons de montrer que ce n’est pas « dans la tête » des patients que réside la signification de leurs paroles, mais bien dans « l’usage » qu’ils font des mots. Ce décentrement nous permettra non seulement de mettre en cause le caractère supposément privé de ces voix intérieures mais, de manière plus fondamentale, la thèse suivant laquelle les écarts de langage observés dans un contexte clinique supposent une forme particulière d’interprétation. Autrement dit, il s’agira d’essayer de comprendre pourquoi, de manière pourtant évidente, les patients ne veulent rien dire d’autre que ce qu’ils disent.

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