« La gamification et la question de la transformationpar le jeu » (avec Emmanuelle Savignac) 

emmanuelle sevignacEmmanuelle Savignac est anthropologue et Maître de conférence à l’Université de La Sorbonne nouvelle (Paris 3). Elles est chercheure au Cerlis (Sorbonne nouvelle, Paris Descartes et CNRS)

Résumé de la présentation: 

Les pratiques de la gamification –soit la transposition de structures de jeu dans des activités de non-jeu (Deterding et al., 2011) – reposent sur un postulat opératoire du jeu, vecteur d’engagement comme d’apprentissage et qui le rendrait par conséquent propice à l’action pédagogique, de travail ou encore citoyenne. On peut inscrire en ceci la gamification dans la tradition fonctionnaliste d’approche du jeu en SHS, l’envisageant comme développant, chez l’animal comme le jeune humain, ses capacités physiques, cognitives comme sociales.

Par ailleurs, on observe que cette conception de principes de jeux opératoires croise aussi la lecture structuraliste du jeu dont Claude Lévi-Strauss écrira qu’il « produit des événements à partir d’une structure ». L’activité de recherche, chez les game-designers, de « mécaniques » et éléments du jeu inducteurs d’effets motivationnels et d’apprentissage peut être pensée s’inscrire dans un mode de pensée structuraliste.

Cette question de la « structure » de jeu appelle une autre lecture faite du jeu en SHS : le penser comme y invite Bateson comme une « forme » plutôt qu’une « substance ». Cette conception du jeu a généré de riches réflexions non seulement sur les systèmes de signes signifiant le jeu en tant que jeu : le concept de métacommunication batesonien mais aussi la théorisation relative aux cadres de l’expérience et à la modalisation soit la transformation ou la transposition en un cadre second d’un cadre premier (Goffman). Sur ce point, Bateson, parlant du jeu reprend la formule célèbre de Korzybski : « une carte n’est pas le territoire » pour désigner les sélections représentationnelles issues de cette transposition.

Du structuralisme à la théorie des cadres, est par conséquent posée la question d’une forme ou structure opératoire, productrice d’effets; mais aussi la question d’une forme produite sur la base de transformations (Bateson, Goffman).

Nous proposons ici de revenir sur ces théories et d’aborder la question de la transformation induite par la forme de jeu, en nous aidant de notre enquête sur les jeux de rôles et de simulation en contexte de travail. Nous tenterons de voir, dans ce contexte particulier, en quoi ces transformations consistent et de questionner la dimension opératoire du jeu : ses « mécaniques » et effets… transformateurs.

 

Ce séminaire du CASPER aura lieu le jeudi 29 novembre de 17h à 20h au local P61 à l’Université Saint-Louis, 43 boulevard du Jardin Botanique à 1000 Bruxelles.