Robin Susswein (doctorant FNRS-FRESH), Jean-Pierre Delchambre (co-promoteur), Nicolas Marquis (co-promoteur)

Que fabrique-t-on dans les institutions psychiatriques pour psychotiques ? Lorsque soignants et soignés partagent pour partie leur quotidien, en quel type de pratique le soin consiste-t-il ? Comment ces professionnels conçoivent-ils aujourd’hui le « bon soin » en santé mentale ? Et qu’est-ce que ces manières de reconstruire, chez des personnes délirantes, la base d’un rapport « ordinaire » au monde révèle-t-il de notre société ?

Depuis l’époque asilaire puis celle de l’apogée d’une psychiatrie hospitalière, la conception des personnes souffrant d’un « trouble psychotique », la conception de la manière dont il convient de les prendre en charge, de penser et de pratique l’administration de l’ « aliéné », du « malade mental » ou de l’ « usager de soin » se sont transformées. Aujourd’hui, nous sommes à une époque charnière où le champ de la santé mentale se recompose autour de la notion – hautement polysémique – d’ « autonomie ».

En considérant les usages de cette notion dans un large corpus de textes législatifs et cliniques, la réception (différenciée) de ces textes par divers professionnels de la santé mentale, mais aussi et surtout les pratiques thérapeutiques de ces derniers, ma recherche sociologique problématise les différents moments de la production de l’ « autonomie ». Des « discours de l’autonomie » aux « pratiques de l’autonomie », et de ces pratiques aux manières d’ « être au monde » qu’elles promeuvent dans des institutions psychiatriques, quelles opérations concrètes soutiennent la fabrication et la circulation de cette norme ?

Le cumule heuristique d’une analyse textuelle et d’une enquête comparative mêlant entretiens de recherche et observations in situ sur les terrains particuliers de trois « communautés thérapeutiques » permettra d’éclairer cette problématique et de tirer des conclusions sur l’évolution contemporaine du champ de la santé mentale.